N° 339 (décembre 2025), Conte

La voix com­mence en un vibra­to, une légère fêlure, une into­na­tion mar­quée. « Tu sais, tu peux tout me deman­der… », dit-elle en un chu­chote­ment à peine audi­ble. « Mais je ne peux mod­i­fi­er les formes, les aspects imprévis­i­bles, les con­tours pro­pres d’un objet ou d’un autre ». Elle se retourne et répète cette dernière phrase, les mains lev­ées, en s’inclinant vers. « Viens » est la seule chose qu’il entend ensuite. « Tu vien­dras » est la suite de la phrase. Chaque mot qu’elle prononce est un sig­nal. Il n’y a pas de résis­tance pos­si­ble. Elle est le pressen­ti­ment et lui un pré­cip­ité, une demande de par­don qui ne peut aboutir. Il écoute. Elle pos­sède des preuves. Il est ébran­lé. Il n’a pas le choix. Il est la con­clu­sion, la fin du réc­it ou son impos­si­bil­ité. Elle est l’interprète. La pluie tombe. Le jour s’obscurcit. La pluie devient de plus en plus forte. Les mots se suiv­ent sans qu’une seule image ne puisse se for­mer. La phrase est lit­térale. Elle ne dit rien d’autre qu’elle. Elle con­stru­it un code autour de lui. Elle fait des mots un code impéné­tra­ble. Il n’a rien à redire à cela car il n’y a rien à redire. Il reste muet et cherche, dans chaque son, des indices de sens, la réso­lu­tion de l’énigme, les mots qu’elle, les idées. Il est l’imitation. Il con­sid­ère la place où il se trou­ve. Il trace une per­spec­tive, une pro­fondeur illu­sion­niste. Il s’imagine qu’il est imag­iné. À moins que la lumière. À moins que la lumière ne change, ne trans­forme totale­ment la place sur laque­lle il se trou­ve, il est tout autant l’ombre au sol que l’objet qui la pro­jette. Il est odeur métallique qui imprègne l’atmosphère. Il devient vous ou bien une image de vous. Chaque geste qu’il fait est gauche, déplacé. Il faudrait qu’il reste immo­bile. Il devient le mot lui-même sans qu’il n’y ait de réso­lu­tion. Il devient l’explication, un sou­venir, un sen­ti­ment et leurs reconductions.