N° 340 (janvier 2026), Conte II

La cime des arbres se bal­ance lente­ment. Elle se tient devant moi et dit : « Je te par­donne les mots que tu as pronon­cés ». Je range ses affaires dans mon sac puis soupire. Je ne donne aucune indi­ca­tion et attend qu’elle se décide en con­tin­u­ant de sourire. Elle me demande com­ment je me sens puis m’ordonne d’aller à l’autre bout de la ville mais je préfère rester ici. Je lui demande de se con­cen­tr­er. Elle crie : « Non ». Je réécris la phrase. Je lui demande de se con­cen­tr­er. Elle pleure en m’annonçant la nou­velle. J’ai su, alors, qu’elle ne men­tait pas, que nous n’avons plus le temps. Je tra­verse la place. Elle s’éloigne. Je la regarde s’éloigner. Elle ne fait pas sem­blant. J’attends. J’attends le lever du soleil. J’attends devant la fontaine que le soleil se lève. J’invente des rumeurs, des men­songes, des his­toires. Je lève la tête. Je trem­ble de peur. La place se vide. J’essaie de penser au plan. Je regarde. Je ne réfléchis plus. Je regarde les pavés au sol, les inscrip­tions. Elle revient et passe sans s’arrêter, esquisse juste un sourire. Je manque de per­dre con­nais­sance. Je me reprends. Les choses sont tou­jours là. Elles ont tou­jours été là. J’entends la pluie tomber. J’effleure la petite boite rouge qui se trou­ve dans ma poche. Il faut que je me décide. Il ne faut pas que je fasse quelque chose d’inattendu. Je sais que je dois retourn­er chez moi. Je pars. Elle marche à mes côtés. J’essaie de ne pas le remar­quer. Je regarde les gens aller et venir. Le temps s’écoule lente­ment. Le temps passera lente­ment. Je sens une brise chaude. Ma bouche est sèche. Je tombe. J’attends. Je suis prêt à appren­dre la vérité. Je n’ai plus aucune volon­té. J’ai l’impression que quelque chose va se pro­duire. Nous ren­trons. Nous sommes seuls dans la pièce, elle et moi et rien d’autre. Je vois les lumières sur la route. Nous devons accom­plir notre tâche. Elle me dit qu’elle me prévien­dra quand le moment sera venu. Elle ouvre la porte puis dis­paraît. Elle a lais­sé une note sur un papi­er frois­sé. Je ne sais si je peux le faire. Quelque chose se passe. Je ne peux pas dire quoi. Je reste là sans rien dire. La lumière du réver­bère illu­mine la pièce. Les papiers sont éparpil­lés au sol. Ma voix reste coincée dans ma gorge. Mes mains trem­blent. Je deviens invis­i­ble. Je suis la fin.